Chiens de traîneau à la Tuque

Les chiens de traîneau fascinent, ils représentent l’imprévisible Grand Nord, la quête du monde sauvage au coeur de l’hiver. Un récit d’une expérience particulière, aventure d’une journée.

Pour s'imaginer un peu plus en plein milieu de la nature et de ses merveilles :
Rise - Eddie Vedder
Guaranteed - Eddie Vedder 

Nous avions loué un petit chalet pour l’occasion, au milieu des bois, là où même le réseau téléphonique ne passe plus. Celui-ci était construit entièrement en rondins de bois, comme les cabanes des trappeurs du XIXème siècle. Sans chercher à chasser le vison, nous y avons pris place comme des bûcherons (mais sans bière). Le Québec se découvrait encore un peu plus, et bientôt qui sait, il serait peut-être nôtre chez nous.

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Notre petit chalet et le ciel étoilé
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La vue  plutôt sympa

Le lendemain, nous sommes allés découvrir le monde des mushers du Québec. C’est aussi en plein milieu des bois que nous avons rencontré Christian, amoureux des chiens depuis toujours et musher de père en fils. U

Un musher ? Le terme anglais musher est employé pour désigner la personne qui conduit le traîneau à chiens. Cet usage s’explique par des faits sociohistoriques. Le mot musher est un dérivé de mushL. e terme vient de l’ordre « Marche » donné par les canadiens donné à leur chien de tête et transformé par les anglophones en « Mush! Cela veut donc dire « meneur de chiens » !

Un musher ? Le terme anglais musher est employé pour désigner la personne qui conduit le traîneau à chiens. Cet usage s’explique par des faits sociohistoriques. Le mot musher est un dérivé de mushL. e terme vient de l’ordre « Marche » donné par les canadiens donné à leur chien de tête et transformé par les anglophones en « Mush! Cela veut donc dire « meneur de chiens » !

Bref historique des chiens de traineaux

L’utilisation du traîneau à chiens est ancestrale au Canada. Pendant des années, c’était le seul moyen de locomotion des habitants du  grand nord canadien. Depuis, la course en traîneau à chiens est un devenu un sport de compétition, mais aussi (et heureusement pour nous!) un loisir.  En Amérique du Nord, on peut parler avec certitude d’attelage de chiens dès le X° siècle par la civilisation de Thulé établie dès cette époque autour de la Baie d’Hudson au Canada. Ensuite, les trappeurs franco-canadiens sont parmi les principaux européens à découvrir et à adopter les traîneaux comme mode de locomotion l’hiver, dès le XVII ème siècle.

En 1925, à Nome en Alaska, une épidémie de diphtérie se propage et pour éviter une éventuelle et tragique apocalypse de zombies (on sait jamais), il faut faire venir du sérum d’Anchorage.  C’est ainsi qu’entre janvier et février 1925, un évènement focalise toute l’Amérique sur les chiens de traîneaux  avec le Serum Run . Une vingtaine de mushers traversent tout le territoire d’est en ouest,en moins d’une semaine, pour amener le précieux sérum qui sauvera les habitants de Nome. A l’époque, sur les mêmes pistes, le courrier parcourt les 1084 kilomètres en plus d’un mois. Grâce à leur courage et à leurs chiens, ils livrent à temps un chargement de sérum antidiphtérique et sauvent la ville tels des justiciers des temps modernes.

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Ensuite, au milieu du chenil, le musher nous apprend les quelques mots nécessaires au bon fonctionnement de notre petite randonnée sympathique, histoire qu’on ne finisse pas au fond d’un gouffre (hahaha.) ou perdus dans le Nunavik. Donc, « djee » pour droite et « yap » pour gauche, et « oooooh » pour ralentir. L’intonation joue  beaucoup : le « non »  sec  signifie l’interdiction, le « oui » caressant est un encouragement à aller de l’avant, un « allez les chiens ! »  donne le départ et enfin, les encouragements collectifs sont enjoués, parce que la gentillesse tout le monde aime ça.

Les chiens de traîneaux, comment ça fonctionne ?

Les  2 chiens de tête sont placés en tête de l’attelage, ce sont eux qui obéissent aux ordres. Des directives simples : gauche, droite, arrêt; et d’autres plus délicates comme le demi-tour qui est difficile à réaliser sans créer le chaos dans le traîneau. Les chiens de tête doivent être particulièrement à l’écoute, obéissants, réactifs et intelligents. Juste derrière, quatre à six chiens, délivrent le rythme : les « team dogs ». Étant par paire, ils doivent bien s’entendre, donc on doit bien choisir quels chiens assembler! Ces coureurs de fond ont une foulée ample et régulière. Leur vitesse moyenne donne le tempo : une allure de croisière soutenue mais soutenable pour tous.

Enfin, les chiens les plus puissants, les “wheel dogs” sont placés à l’arrière, juste devant le traîneau. Ils “décollent” la charge, c’est à dire qu’ils te traînent toi et tes poutines. Au-delà des capacités physiques, l’attelage doit être homogène, avec à sa tête un chien expérimenté, mais surtout et toujours, animé d’une même passion de courir. Cette envie, c’est le « Will-to-go », la chose essentielle au bon fonctionnement de l’attelage.

_________ Par ailleurs, les chiens de nos attelages étaient des Alaskan husky.

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Tous ces chiens sont des alaskans

Les Alaskans

La race Alaskan Husky appartient à la population des chiens de traîneau la plus importante du monde. Cela dit, la notion de race disparaît quelque peu ici. En effet le  nom « Alaskan » est réservé aux chiens de type nordique, vivant à l’origine en Alaska mais le terme s’est étendu aux « Alaskan » de course. Sélectionnés pour leur vitesse, leur puissance, leur endurance et leur résistance aux conditions climatiques avec l’apport d’autres races, ces chiens sont des Formule 1 gagnant les plus grandes courses de traîneaux et étant incontestablement les plus rapides (contrairement aux malamutes très forts mais plus lents). 

En effet, la base de type husky (Husky sibérien, husky de Sakhaline), prédomine. Ensuite d’autres races entrent dans le croisement dans le but d’améliorer la performance de l’Alaskan. Le profil du chien dépend également de la position qu’il sera amené à occuper dans l’attelage. Les différentes race de grands lévriers interviennent pour leur vitesse de pointe élevée. Les chiens courants de type braque  interviennent pour leur endurance. Pour la résistance au froid, interviennent  le chien-loup tchécoslovaque, le chien-loup de Saarloos, voire des loups sauvages.

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Lui aussi!

Ces multiples croisements expliquent les différences d’apparence entre Alaskan Huskies : aucun standard de forme, seulement de fonction et de capacité. Ce sont également des chiens dévoués à leur musher qui ne s’enfuiront pas s’ils sont pour une raison quelconque détachés du traîneau (contrairement au husky de Sibérie qui est par exemple très fugueur). Bien que certains éleveurs aient développé de véritables « lignées », les apparences des Alaskans restent toutefois très diverses, les chiens restant sublimes.

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Nunavut avant la course, les yeux rivés vers le devant

L’expérience

Dans le chenil, certains aboient, d’autres hurlent, tous animés par la même envie de vouloir sortir. Le vacarme est incessant et les chiens sont surexcités.  Nous sommes ensuite, et enfin montés sur nos traîneaux, nos chiens encore plus excités par le fait de savoir qu’ils allaient courir.

Lorsque le départ est donné, tous les chiens bondissent vers l’avant, vers la neige, vers la forêt, vers l’avenir. Aussi tôt le chenil dépassé, on n’entend plus que le bruit des pas dans la neige et du glissement du traîneau. Les chiens sont plongés dans l’effort et dans leur quête de vitesse. La rapidité de leur course est impressionnante, et même dans les montées ils fournissent une puissance étonnante. Lors des quelques arrêts que nous fîment, il fallut freiner. Seulement la distance de sécurité entre nos traîneaux excite les chiens qui montrent une fois de plus leur envie d’avancer. Ils tirent, forcent, et il devient difficile de les retenir. Une fois le traîneau reparti, le calme succède à leur tempête.

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Toujours plus rapides
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L’appel de la forêt

Pendant plus de deux heures nous avons glissé dans la neige, parcourant de la sorte plus de 40 km en plein milieu de la forêt canadienne (Québécoise pardon!) sans autre bruit que celui des pas, du traîneau, et de la nature, seuls sur nos traîneaux avec nos chiens. Moment de découverte, mais aussi de retrouvailles avec soi. Les alaskans ne montrent aucun signe de fatigue et on en finit par se demander si ce sont vraiment des chiens, ou des rêves. Ensuite nous avons détaché les chiens irréels et nous les avons nourris avec leur musher à la nuit tombée. Le temps d’une journée, et cette journée le fut, hors du temps, nous avons été des apprentis mushers, des débutants de la vie du Grand Nord. Christian, 35 ans d’expérience, lui, a l’habitude :

« J’ai déjà fait plusieurs expéditions dans le Nord du Québec, dont une partie avec Nicolas Vanier lors de sa traversée de la péninsule Québec-Labrador. Tous les hivers, je pars du Lac St Jean pour des expéditions encore plus au Nord. Les chiens, c’est ma vie. »

Une magnifique journée dans une solitude enneigée, les chiens qui galopent, la respiration du musher se fond dans le rythme des pattes. Une expérience exceptionnelle que je souhaite à tout le monde d’essayer, ne serait-ce que pour récupérer un peu d’humilité face à ces chiens d’une puissance et d’un dévouement infini. Ne serait-ce que pour ressentir ces âmes qui nous font avancer à coup d’envie, d’instinct, et de … bave. Ressentir ce désir partagé d’aller plus loin, plus vite, sans jamais faiblir. Contrer la nature humaine qui nous pousse à toujours abandonner et à la fois, s’abandonner à la frénésie.

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Nunavut au retour, majestueux comme alors

Après cette parenthèse hors de tout espace temporel autre que le rythme nycthéméral,  nous sommes allés admirer les étoiles. Brillantes et sans aucune cicatrice de la pollution lumineuse qu’elles endurent près des villes, elles brillaient au travers de nos pupilles, mais surtout à travers du capteur de mon appareil photo. Les rêves du jour s’entrevêchent avec ceux de la nuit, et même sans connaître les constellations les légendes foisonnent dans nos têtes.

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Il était une nuit à la Tuque

Le lendemain nous avons quitté notre merveilleux chalet dans lequel nous serions restés pendant 4 vies, et avons quitté les profondeurs abyssales du Québec (ou presque) et avons repris le cours de nos petites vies, loin de la forêt.

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